Homme. Femme. Homme.

décembre 22, 2009 par jessithomas

Femme, belle. Belle, fragile. Belle, précieuse. Intelligente, drôle ? Douce, fragile. Protéger, femme. Protéger, chérir. Regarder. Caresser, regarder. Femme, désir, femme. Désirer, séduire. Doucement, regarder, sourire. Regarder, fort, regarder. Sourire, gêner. Sourire, désirer. Parler ? Regarder. Désirer, désirer. Ecouter ? Désirer. Femme parle ? Mignonne, femme, discours. Attendri, poupée, vitrine. Parle, femme, jolie. Parle, crie ? Touchante, charme, drôle. Charmante, femme, crie. Colère, jolie, femme. Egalité ? Oh oui, oh oui, mignonne. Egalité, oui, oui.

Voix, chaude, douce, voix. Regard perçant joli. Commande femme ! Ouille… Sourient, hommes, connivence. Pas commode, femme, commande ! Pas commode, mignonne, dame. Poigne, dame, parle. Poigne, jolie, dame. Poigne, sexy. Tailleur, jambes. Lèvres, rouges, chignon. Talons, miam, talons. Poitrine, devine, poitrine. Culotte, string ? Femme, sérieuse, sérieuse. Hommes autour, silence. Hommes autour, regards. Exception, femme, chef. Exception, belle. Femme, commande, moche ? Haha, femme ! Haha, moche ! Crédible ? Mmoui. Mépris, crédible, mépris. Regards, blasés, regards. Intérêt, zero, presque. Intérêt, loin. Ecoute, déçu, déçu. Ecoute, femme, chef. Hommes, regards. Hommes, moqueries. Hommes, sûrs, chefs. Beaucoup. Partout. Femme, chef, exception. Mignon, exception. Vitrine, exception. Bravo, bravo. Regards, poignées de main. Regards, rencard. Dehors, rencard. Hommes, rencard.

Ouf, hommes, hommes . Hommes, bière, hommes. Rires, hommes, sexe. Femme, chut, femme. Femme, légumes, cocktails. Femmes, oust, femmes. Hommes, bière, whisky. Hommes, gueulent, rient. Femme, chut, douce. Femme, ailleurs. Hommes, forts. Hommes, beaucoup. Hommes, ici. Femme ici ? Femme, seule, ici ? Regard, regard, femme. Seule, seule, femme. Douce, fragile, oui. Forte, seule, ici ? Femme ? Hm. Dérange, vite, case. Femme, forte, ici ?

Homme, femme, homme.

Enigme5: Papa, c’est quoi, l’Histoire?

décembre 4, 2009 par jessithomas

Un jour, y a un mec qui a fait un truc, quelque part, avec d’autres types aussi, ailleurs, un autre jour, qui ont fait un autre truc, et puis, après, ça a un peu merdé.

Y a eu quelques bastons, des gens qui ont bougé un peu, d’autres qui sont restés, certains qui se sont calmés et puis d’autres qui ont continué à s’énerver encore pendant un moment. Mais ça s’est arrangé de temps en temps, même si pas partout, et après ça a changé un peu, y a eu un mec qui a dit un truc, y’en a qui s’y attendait pas tellement et qui l’ont mal pris, d’autres qui étaient plutôt d’accord et contents, et puis quelques personnes qui se sont fritées là-dessus pendant un bout de temps. Y en a qui s’en sont remis et qui ont intégré le truc que le mec avait dit. Y en a d’autres qui ont ruminé encore un moment, qui ont jamais oublié, et puis le temps a passé et tous ces gens se sont mélangés et on sait plus trop ce que le type a dit, alors la baston a changé de sujet et puis elle s’est finie un peu après. Ce genre de trucs, ça s’est passé plein de fois, à plein d’endroits différents.

Et après, y a eu un événement qui a transformé pas mal de choses, assez vite, et des gens qui ont écrit des trucs dessus, aussi. Des qui imaginaient que plus rien ne serait jamais pareil et que c’était bien. D’autres que plus rien ne serait jamais pareil et que c’était pas bien. D’autres que rien n’allait changer donc c’était pas grave. D’autres qui se sont battus encore, pour d’autres raisons, mais aussi parce que les choses avaient changé mais pas à la même vitesse pour tout le monde alors ils se comprenaient plus.

Y a encore eu suite à ça des gens qui ont bougé, d’autres qui sont restés, de gré ou de force, mais à chaque fois ça dépend, et ça a eu des conséquences mais à ce moment là on les voyaient pas. Après on les a vu mais comme c’était après, c’était trop tard, et puis, on s’en fout, faut avancer, c’est ce que plein de gens pensent, alors on a fait comme si tout ce qui s’était passé c’était bien.

Après ça, y a eu d’autres inventions comme ça, d’autres événements, avec à peu près les mêmes conséquences, un peu partout, à des périodes différentes. Ce qui fait qu’à un moment, on a décidé un truc important, qui a fait pas mal parler. Y a des endroits où les gens ont discuté jour et nuit dessus, on a cru que ça y est c’était le truc qu’on attendait et puis finalement non. Y a d’autres endroits où on a essayé d’ignorer le truc et on a assez bien réussi, et tout s’est stabilisé tranquillement, et des gens ont bougé, d’autres sont restés, et tout s’est remis à marcher avec juste quelques petits changements.

Finalement, la situation se reproduit à peu près à l’identique, avec les mêmes engueulades et des batailles et des incompréhensions et on tourne un peu en rond comme ça, avec quelques saccades, en avant ou en arrière ça dépend des moments et ça dépend des lieux, et puis voilà où on en est aujourd’hui et c’est pour ça qu’il a raison ce type qui parle tout le temps, on peut très bien vivre sans savoir tout ça, c’est vraiment pas très important, non ?

Alors, cette matière là, qu’il veut rendre facultative dans une des classes à la fin de quand on apprend, celle où on fait plein de choses avec des chiffres. Cette matière, il a qu’à carrément l’interdire. Si ça sert à rien ça sert à rien, il est important de ne pas perdre son temps, et puis faire les choses à moitié, c’est bête, et après, on n’y comprend plus rien.

Y a-t-il des chômeurs dans la rame?

novembre 30, 2009 par jessithomas

Le vocabulaire s’est retourné. Les mots ont tout vomi. Ils sont secs et malades. On ne peut plus parler. Le sens, c’est du passé. Il faut des nouveaux mots. Comme des oeufs. Des mots lisses et ronds et pleins. Des mots qui fondent sur la langue et ouvrent les yeux et les poumons. Des mots qui arrachent l’action endormie dans les petites phrases. Mais comment on fait ça, hein?

Georges, lui, a une idée: les mots, il faut les sortir du placard.
Le journal l’agace. L’agace l’agace. Pourquoi? Ben voyons. Oui, il dit des choses, il révèle des trucs, il essaye de ne pas se laisser marcher sur les pieds, mais qui lit le journal, hein, je vous le demande. En mode normal, on regarde la télé. Et c’est pas demain la veille qu’à la télé, on dira les choses qui cassent les burnes. D’où l’idée bancale de Georges: les mots, faut les afficher.
Un exemple, comme ça, rapidos prestos?

Les chiffres du chômage. C’est énervant, ça! Le chômage, que je sache, c’est pas des chiffres, hein, c’est des gens. Georges s’est donc posé un soir à la chandelle, dévidant ses pensées sur l’échevau du ciel (!), et il a pondu une idée. Si les chômeurs s’amenaient avec un badge, par exemple, marqué chômeur dessus. Et une petite banderolette sur le badge, du genre pub, en jaune fluo “nouveau!” pour ceux qui viennent de se chômer. Bon, ça fait un peu facho, hein, comme idée, ça fait fiché ça fait facho. Mais ça mettrait le doigt sur un truc: le travail est la chose du monde de moins en moins partagée, et ptêt que ceux qui y sont, dans la merde, auraient un peu moins l’impression de puer.

Pour lancer l’idée, il s’y colle, Georges. Il se met son étiquette et se risque dans le métro.

Heure de pointe, Châtelet les Halles, changement ligne 11, RER B, à savoir, deux tapis roulants et une trotte de marche à pied, moyenne de croisement humain:50 par seconde. Pour marquer le coup, vu qu’il est le premier, il l’a fait grand, son badge. Mastoc même. Prend la moitié de sa veste pratiquement. Le coeur en capilotade, il marche, regardant les transitants droit dans l’oeil, paf! Le premier qui me parle du badge, je lui explique, et je le convertis. Ambitieux prosélyte, le Georges, pour le coup. Voilà qu’au niveau de la ligne 4 (au milieu de son trajet subterrien, donc), un bonhomme chapeauté grise-miné l’accoste de la moue, le regard de biais, les cordes vocales toutes vrombantes. Hum. Râcle-t-il, pas discret. Georges plonge dans la brêche.

Oui monsieur, oui? Vous regardez mon badge (qui est, disons-le, plutôt une feuille bristol accrochée bravement avec une épingle à nourrice)? C’est une revendication. Je suis chômeur, monsieur, c’est vrai. Et je suis pas le seul, croyez-moi. On est de plus en plus nombreux, de plus en plus nombreux, monsieur. Mais on a honte alors on le dit pas, et la clique s’évertue à nous rabaisser en fanfare et ça, monsieur, ça, j’en ai marre. Et y a pas, contrairement au mythe, y a pas malabar.

Le bonhomme l’écoute, en prenant ses distances.

Ce que je vous propose, monsieur. Si vous êtes vous-même au chômage, ce que je n’insinue pas, mais c’est possible, hein. Si vous êtes vous-même au chômage, faites-vous un badge. Plus joli que le mien, si vous préférez, plus petit, si ça vous arrange, moi, je m’en fous. Et parlez-en autour de vous. D’accord?

L’homme regarde le badge, regarde Georges, regarde le badge. Fait un petit signe de tête, dit “rvoi msieu” et se taille hip hop. Georges ne sait pas trop s’il a fait mouche. Il se gratte la tête, et reprend sa route. Il faut que j’aille plus loin, se marmonne-t-il inside the head.

Arrivé dans le RER, il prend le ton mancheur et fait sa déclaration. “Mesdames, Messieurs. Je suis chômeur, comme vous pouvez le voir sur mon badge. Si vous aussi vous êtes chômeur, ou si vous connaissez autour de vous des chômeurs, proposez-leur ça: mettre un badge comme le mien. Plus beau, s’ils préfèrent, plus petit, si ça les arrange, moi, je m’en fous. Mais pour qu’on voit, hein, que ce soit clair, que le chômage, pour tout vous dire, c’est pas des chiffres, non messieurs dames, c’est pas des chiffres, c’est des gens. Et que peut-être, on arrête de croire à ce foutu modèle de réussite sociale et de normalité consommante qu’on nous bassine le cul avec tout le temps. C’est tout, voillllà, bonne journée”.

Rouge et battant, il sort du metro Gare du Nord. Demain, il se lancera dans les trains de banlieues. Après demain, dans les trains de partout. Mais d’abord, il va boire une bière, parce que là, il se sent con. Il est pas sûr d’avoir eu une bonne idée. A y regarder de près, il pense pas que les autres seront emballés. On verra demain, kisdi, si y a des badgés… Mais il y croit pas, soufflé, retombé. Il s’installe, le badge en coupé décallé, le cul sur le tabouret et le coude sur le comptoir un peu mouillé. Il plonge son regard dans son reflet déformé par les volutes cuivrées de la machine à pressionner. Il est pas fier. En y repensant, son idée, c’est clown. Flash acu rationnalité. Il sait juste qu’il faut faire quelque chose pour que tout ça ait de nouveau un sens, il le sent, il le sent, il le sent, il le sait.

Oui, mais quoi?

Le vibrillon alcoolique

novembre 7, 2009 par jessithomas

Saperlipopette, saperlotte, Paulette! Mais où as-tu rangé mes épaulettes? Nous sortons, grand diable, je ne peux pas me permettre d‘avoir les épaules qui tombent, l’allure d’un ribosome, la chemise en trompette. Nous sommes attendus chez Crompiète, le haut du caddie, la grande pompe épingles en quatre, champagne dans des clarinettes! J’ai les jambes en anguille, le coeur en trille, sert moi un verre pour calmer ma vibrille.

Elle sort un petit verre, souvenir de moutarde, décoré finement d’une scène de dessin animé aux couleurs chantantes, égayeur des diners en famille, siégeant fièrement derrière l’assiette de purée d’un enfant. Il boit. Lampées franches. Il fait “Aah!” et repose le verre avec un bruit de satisfaction bistrotière.

Passque quand même, ça fait du bien. Je vais pas non plus arriver sec comme un rameau, tout le monde a déjà dû se faire plaisir à l’apéro, parés de la gaité qu’il faut, la brillance pupillienne et le verbe bien haut, le col dénoué et la cravate de biais, avec les sourires que donnent les joues roses et les conversations affranchies par la trinquette. Paulette! Où est mon chapeau mou, le grand tricorne à bras, celui aux bords coupants, le haut informe et l’allure bigorneau? Je ne peux tout de même pas sortir sans chapeau, cela ne se fait pas, pas chez les Pollereau, encore moins au resto. J’ai les cheveux de traviole, les fourmis aux guiboles, contre la trouille qui colle, rien de tel que l’alcool, sert moi une petite fiole.

Elle reluque son mari avec un air blasé. Se penche vers le placard à godets, il lui tape les fesses, qu’elle a charnues. Elle soupire et rigole. La bouteille est belle comme une ambre créole. Elle debouche, renifle, remplit le verre trop haut et balance des glaçons. Des gouttes sur le set de table effigie de Gaston à moitié effacée par les lavages Spontex, il remue le verre pour l’entendre tinter, sourire du goût d’avance, et boit d’une seule gorgée couronnée d’un léchage de babines et d’un son d’humecté, petit claquement de contentement de l’habitué un peu gourmet.

C’est que ça me détend, c’est vrai. Ça me flanque l’humour au nez, l’attitude déguingandée, le sourcil snob et éthéré, bref, si tu savais ma gidouillette, comme je suis d’un chic, à partir d’un certain degré! Tout pour briller en société: confiance, aisance, prestance, tendance, y aurait plus qu’à m’empailler. Mais, il manque quelque chose… quelque chose d’important, un truc là, pour les grands… ça m’revient d’un p’tit coup! Où est mon mouchoir translucide? Ma dorure à pochette, mon petit rose à veste, ma soie un peu fleurette, mon inutile Kleenex à mondains arrosés? On ne se vautre pas ainsi le costume nu, surtout au cocktail des cramoisis du cul! ça m’esquinte la diatribe, cette histoire de poche vide, ça me rend tout tangible… Je transpire, ma Paulette! Je sue, je subodore, je perlote, je m’humide, je suinte par tous les pores, mon plastron se liquide, la chaleur, sans doute, la chaleur, hein? J’ai SWAF!

Elle regarde l’heure, discrète, et se marre sous nappe. Il renifle et désosse ses trois pieces costumières. La cravate s’écarte du col de la chemise, la chemise s’extrait de sous le pantalon, le pantalon se froisse au détour de la fesse, qui se pose. La veste s’échappe du dos, s’affale sur le dossier, le dos lui meme s’y colle. Le tabouret grince, bien calé. Il attrape le verre, embrasse Paulette dans le creux des seins en un geste connaisseur, ricane, s’ébouriffe les cheveux et boit avec langueur. Le vin, c’est skia d’meilleur.

Hé hé hé hé. Voilà qui est fait. Au fait, ma chatte, il est quelle heure? Pile poil! Hein? Mais, faut qu’on y aille! Mon chapeau mon plastron mon moucheton mes épaules mon crocheton mon manteau ma barbe Farigoule! Merde putain ah lala, vite, on arrive, on y est!

S’arrêtent, la gueule en coeur, et la main dans la main, devant le beau portier, luisant, et moustaché.

Monsieur, vous avez bu, vous ne pouvez pas entrer.

Ah! Ah! Ah ben ça, c’est l’bouquet! Hein Paulette, c’est osé! Les pleutres aux noms lustrés s’enfilent du champagne et finissent fin bourrés, mais nous, sobres agneaux, on ne peut pas entrer! Alors là, c’est, oui, j’lai djà dit, c’est l’bouquet! Allez, c’est pas comme si on s’était préparé exprès pour cette soirée, conventions de mes deux, moi, hein, rien à péter! Allez viens ma Paulette, on s’barre. Toute façon, c’est des cons, on se s’rait emmerdé.

L’hymne à un mur

novembre 6, 2009 par jessithomas

Joyeux anniversaire, Berlin

Vingt ans, c’est le bel âge, l’âge des fêtes, des nuits blanches et des double Merkel, réjouissons nous, Berlin, la ville est belle, le mur est loin

Vingt ans, tapons des mains, Rostropovitch est mort, Gorbatchev… non, vivant, ta légende est intacte, et on visite tes tags, festoyons festoyons, avalons nos questions

Vingt ans, vingt ans déjà, vingt ans à peine, l’Europe est à tes pieds, pleine d’archives, de souvenirs, l’Est gît dans les creux, on vend des bouts de murs aux touristes ennuyeux

Vingt ans, oui, souviens toi, la grisaille et Charlie, les cornichons Trabi, Honecker la Stasi, tout ça, c’est bien fini

Et c’est bien

Mais, bordel, secouons nos fourmis. Les commémorations, c’est gentil, c’est joli. Les vieux racontent, les jeunes s’extasient. Et puis? C’est du tout cuit. Du recraché remâché revomi. De l’inintéressant barbouillage branlette, des événements en barquette, face au mur, on tape des mains, on n’apprend rien. Et ça fait mal à la tête. Le Mal, le Bien, dans une pochette. Victoire! Victoire! Et générique de fin.

Pendant ce temps

Protégé par l’absence de murs

Le capitalisme gargarisé

Baille

Se gratte les couilles

Profitant, sifflotant, de sa bonne conscience

Finie la crise, finie, joignez vous à la ronde, la ronde autour du monde des enfants malfaisants, adeptes des bonbons et des supermarchés, veulent jouer à la bagarre sans trop se faire blesser, forçant les différents à bien leur ressembler, sinon: exclus de la cour de récré

Papa capitalisme encourage ses bébés: allez y, les petits, la force est avec nous, le Bien est de notre côté, ces débiles sudophiles nous remercieront à genoux quand ils se rendront compte du bien qu’on leur a fait. Vous verrez.

La preuve?

Le mur, ô miracle, est tombé.

Enigme4: 2 – 0 – 1 – 2, qu’est ce que ça peut bien vouloir dire?

novembre 4, 2009 par jessithomas

Tous ne pourront pas être sauvés.

Nous étions prévenus.

L’Apocalypse est de retour sur nos écrans, avec la caution des gentils génies exterminés d’un continent lointain, les Mayas. Qui ont prédit donc, notre fin, la fin de le joli monde d’ici, mais n’ont pas su voir arriver la leur, de fin, hein, ce qui devrait mettre un point final à leur talent prophétique, mezenfin, passons.

Donc, fin du monde. Y a de quoi transpirer sur sa fragile plaque tectonique. Y a de quoi dépenser vite vite toutes ses économies en conneries, s’en remettre à nos puissants sauveurs télégéniques, se réfugier aux Etats-Unis (ben oui, les Américains, c’est prouvé, sont toujours les derniers à crever), se réunir tous dans l’amour de l’humanité, retrouver le sentiment d’appartenance, la religiosité spiiiiriiiiiiitueeeeelle qui nous fait défaut en ce siècle matériel, accepter les états d’urgence qui justifient toutes les lois et assoient le pouvoir des déjà là qui pourtant n’ont pas su faire ce qu’il fallait pour empêcher ça, bref, s’arrêter au milieu de la route la gueule ouverte et criante en regardant fixement la voiture qui nous fonce dessus. Pain bénit pour les petites fesses qui jouissent d’un quelconque trône: pleins pouvoirs garantis.

Au fait, c’est pour quand, cette spectaculaire fin du monde? Ah ah, là, ça devient carrément hyper drôle. Rrrrrrroulement de tambour… 2012! Les Mayas avaient du flair, finalement. Mais un peu trop le sens de l’exagération. Une élection présidentielle, même française, ne peut pas déclencher une crise tectonique à elle toute seule, ‘core heureux. Même si elle peut en faire, des dégâts. As a conclusion, une chose à retenir dans ce déploiement catastrophiste: nous sommes, en effet, prévenus, et tous ne pourront pas être sauvés…

L’identité nationale, en technicolor

novembre 3, 2009 par jessithomas

Bleu.

Petit bruit derrière la porte fermée des toilettes d’un appartement bourgeois. Il est 2h, 3h peut-être. Bleuh. La soirée est finie. Cachés derrières les portes transparentes, les jeunes fous vomissent.

Bleu. Une jambe, puis l’autre. On enfile. Un bras, puis l’autre. On ajuste sur les épaules. Zip. Par dessus les oripeaux uniformes de villes fatiguées, on va pointer. Il est 6h, 7h avec de la chance. Dans son bleu de travail, le levé-tôt enrobé du mépris des jolis, s’enfonce dans l’usine sale.

Blanc.

Silence gêné. La télévision s’est éteinte. Soudain, l’absence de conversation humaine, le vide des corps, les yeux rougis et frustes n’ont plus l’éclat du néon criard sonore et réconfort. Le meuble ultime écroulé, le son creux de la pièce fait un blanc encombrant. Et on va se coucher.

Blanc. Fier de ses origines séculaires, il frappe le pavé capital de ses chaussures premier prix fraîchement cirées. Vacances à Paris. On déguste les monuments avec une gloriole bien placée. Mon pays si beau. Dans le métro, croise une grappe de joggings à la peau inconvenante. Z’habitent ici peut-être. Oui mais moi je suis blanc. Descend à Gare de Lyon, démarche crâne, et leur lâche un regard méprisant.

Rouge.

Une fleur pour toi ma chérie. Couleur de ma passion. Sans épine, enrobée dans son petit plastique déprimant. Egayer de ce rouge pétalesque notre repas d’anniversaire au restaurant, sortie annuelle autour d’une nappe à chandelles. Tant pis si elle t’encombre mon amour, et qu’elle ne dégage que l’odeur sinistre de la rue, tout le monde sait que les femmes aiment les roses. Surtout quand elles sont rouges.

Rouge. A la tribune, une source autorisée à la langue boisée et au regard pervers éreinte l’auditoire de grommellements insipides et terribles, des centaines de micros et de caméras pendus croassant autour de sa boutonnière. Rouge. Mise en évidence par son costume sans intérêt. A la fin du discours, il claque des talons. Aveugle et heureux, il prend les clapotements de quelques mains molles pour les applaudissements de la France.

Enigme3: Qu’elle crève, Blanche-Neige!

octobre 2, 2009 par jessithomas

Personne n’aime Blanche-Neige. Si, c’est vrai!

Au fond, quand on se regarde sans complaisance en tripatouillant à l’intérieur, là où on ne s’assume que seul, dans le noir, et subrepticement, dans ce fond là, on n’aime pas Blanche Neige. Il y a plein de raisons à ça.

D’abord, c’est la plus belle. La plus belle du monde. Et c’est sans appel. C’est le miroir qui le dit. Et ça, c’est insupportable. Non seulement c’est la plus belle, mais elle s’en fiche. Elle, elle ne veut que chanter et être gentille avec les oiseaux. Point barre.

Ce qui m’amène à la deuxième raison pour laquelle personne n’aime Blanche-Neige: c’est une cruche. Elle est stupide, elle a le crâne creux comme un écho. Elle ne sait pas reconnaître une sorcière, elle se fait exploiter par des nains, elle travaille gratos, bref, le grelot. Elle est stupide, et elle n’a pas de chance.

Ce qui m’amène à la troisième raison pour laquelle personne n’aime Blanche Neige: c’est une éternelle victime. Elle se complait dans sa soumission, et il lui arrive que des crasses, et les pires crasses. Non seulement on veut la tuer, mais on veut lui arracher le coeur. Non seulement elle doit se cacher, mais elle se retrouve dans une forêt hostile. Non seulement elle doit vivre avec des nains, mais ils sont moches et crades. Non seulement elle vient d’échapper à la mort, mais on essaye de nouveau de la tuer, avec une pomme, et c’est tout à fait ridicule, comme mort. Et il ‘y a que des nains, qui bossent à la mine en chantant et qui chourent jamais un diamant pour améliorer leur quotidien, pour la pleurer dans son cercueil en verre. (ben oui, c’est la plus belle, elle mérite une vitrine qui exposera sa décomposition)

On a beau nous faire croire, devant un dessin animé ou plongé dans un livre, qu’on s’identifie à Blanche Neige, à la gentille héroïne du joli conte, c’est faux. Dans notre honnêteté cachée, perverse, méchante, envieuse, ennemi du pathos et de la guimauve trop sucrée, on ne s’identifie pas à Blanche Neige. On s’identifie à la sorcière. Et on veut qu’elle crève, Blanche Neige.

Comme dans Seven ou d’autres trucs réussis. On ne s’identifie pas au gentil policier. On s’identifie au méchant serial killer. On a une fibre tortionnaire et vicieuse, sanglante, animale, violente, qui vibre et attend. On a envie qu’il réussisse son dernier meurtre. Non? Y a pas de honte…
Ne reste qu’une personne pour sauver Blanche Neige et tous les gentils. Mais, tout le monde le sait, le prince charmant n’existe pas.

Metro, poli, et tarte tatin

septembre 28, 2009 par jessithomas

En verve et contrecoup d’un « Oui, Ken, Da » rosé, trois verres plus loin je glisse le pif dans le ruisseau, le mot guirlandé en accordéon en papier, les phrases qui grincent et friches en l’air, ça m’donne la patte et c’est pas pour s’marrer.

J’aurais voulu être un art triste mais le clown a trop insisté, et ni drôle ni tragique je me prends la porte d’à côté, les filles, c’est chiant comme un puits. Clope un, clope une, on s’en fout, j’enfume la cheminée du sens et je m’en branle la coquillette. Y en a qui s’amusent: moi aussi!

Hop, la Boum, et tutti chianti, Sophie Marceau j’l'ai dans la peau, depuis petite je veux être aile: mais j’prends la plume comme une enclume. Lourd, lourd, lourdeur, lourdée, on n’avance à rien dans c’tas d’noyés… lalalilala lali lala… Hm, oui? Oui. Oui oui chez les jetés les fous les craqués les malades du crâne fêlé, s’est fait manger.

Metro, poli, et tarte tatin, le visage des gens paraît au bord de l’explosion hallucinatoire schizophrène patrouf clakbrouf et vlan HAHA, quand on les regarde un peu dans le blanc d’l'oeuf, ça paraît trop vide ou trop plein, un coup de cuillère et tout s’répand, la folie, extraordinaire la folie. Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus de fous. Une force de contrôle par en dessous par au dessus, abracadabra, secouez moi, le poulpe reste en moi.

Oui, le poulpe, fiction ou pas, un flingue, mourir pour l’art, pour la France, pour un steak ou un morceau de chocolat aux amandes et au caramel, c’est pareil, c’est mourir et puis on n’est plus là. Mais le poulpe… Je suis un tentacule visqueux, ventouse, vaniteuse, tant enculée que j’m'enroule sur les choses par le fond de la mer… noire. La pieuvre par trois fois m’a embrassée, séduite j’ai sombré, mais ça ne se voit pas.

L’amer t’hume et te blesse, mais c’est là, c’est à toi. Odessa. Je n’sais pas. Attirée par le rien et qui ne s’envole pas. Un bateau pour pas loin, mais avec plein de vent. Un bateau plein de bras, et sans yeux, avec une peau sans oranges, libération sur parole, et en mots. En fuite, wouah! Les chiens n’ont pas vraiment de nom. C’est pour ça que je n’signe pas.

Ouais, condamné à mort!!!

septembre 25, 2009 par jessithomas

Las Vegas. Deux personnes discutent. Un avocat, une « enquêteuse » jolie blonde.

« Après 15 ans dans le couloir de la mort, mon client, exposé bras en croix dans une vitrine, l’injection dans le bras, les yeux révulsés, est réanimé. Il est passé à 15 secondes de la mort. »
Que voulez-vous que je fasse semble dire la jolie blonde? C’est comme ça, on a rouvert son dossier au mauvais moment. Il fallait le réanimer pour reprendre l’enquête, être sûr qu’il était coupable avant de l’exécuter.

Quelques minutes plus tard, encore sonné par cette image, un instant de poésie dans un campus transformé en scène de crime. L’enquêteur fait une métaphore. Et il compare le condamné à mort à quoi? Une cigale.

Le temps passe. Quelques minutes encore. Le condamné est finalement vraiment exécuté, devant les yeux reconnaissants de la famille de la victime, de son avocat, et de l’enquêteuse du début.

C’est quoi? Le cauchemar de Dostoïevski, revivant la torture de sa fausse exécution? Un délire macabre de Kafka? Une histoire pour dénoncer la peine de mort?

Non non non. C’est un série. Plus de 3 millions de télespectateurs pour l’épisode en question. C’est Les Experts Las Vegas, mais ça pourrait être une autre.

Tous les soirs, sans limite d’âge ou de recommandation pour la bonne santé mentale (pour être en bonne santé, ne regardez qu’une série par semaine, de préférence accompagné d’un expert en droit), les séries américaines nous familiarisent avec la peine de mort. On est choqué peut-être d’abord, ou peut-être même pas, ça passe comme ça. C’est normal. Il requiert la peine capitale, et on la requiert avec lui. On y pense. Et pourquoi pas, c’est pas si mal, il l’a bien mérité, ce serial killer!
De temps en temps, une bonne conscience murmure dans la télé:
« Je ne sais pas si je suis pour, ça me fait bizarre, c’est la première fois que j’assiste à une exécution ».
Mais on le fait quand même. Dans les séries télé, la première exécution, c’est comme la première autopsie: un passage obligé, un rite d’initiation, si on l’accepte, on a le droit de devenir un héros, sinon, on fait partie de ces marginaux qui manifestent devant la porte de la prison où a lieu l’exécution pour exprimer leur colère. Ils sont bizarres, hein, ces gens! Ce n’est que justice après tout! Qu’il crève ce salopard!

Réjouissons-nous, ils crèvent. Et pas plus tard que la semaine dernière, ou hier, même.
Un condamné à mort est resté plusieurs heures dans la salle d’exécution parce qu’on ne réussissait pas à lui faire l’injection létale. Avec les analyses ADN, on découvre des sacrés paquets d’erreurs judiciaires, et hop, des pauvres choukis innocents condamnés à mort. Niak niak, de quoi faire un bon scénar’, faire pleurer dans les chaumières. De toute façon, plus c’est moche, plus le condamné est méchant, plus on veut qu’il crève, c’est normal! HAHAHAHAHA! Allez, des condamnés à mort, des peines capitales, des injections létales, des chaises électriques et des pendaisons, des victimes vengées, des avocats bien payés, pour la plus grande gloire de l’humanité, et la sainte jouissance animale. ALLEEEEEEEEZ, ENCOORRREE!!!!!! OUI!

Le pire, c’est que je me suis endormie devant ma télé…